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Sur le chemin de la Palestine, dernière check-list et premiers check-points à Bobigny


posté le 28 mars, par Vans

Avant le grand départ du 31 mars vers Jérusalem, les dix-huitcollégiens et lycéens de Clichy et d’Aubervilliers ont expérimenté la réalité quotidienne de la vie des Palestiniens. Des jeux de mise en situation bien plus éclairants qu’un guide touristique...

« C’est de l’arnaque ! De l’arnaque totale même ! », s’exclament en riant Jourdain, Djaffar et Kilyan. C’est vrai que la partie de cartes organisée ce mercredi de fin février au siège de la FSGT 93 à Bobigny est un peu pipée. Et même très pipée puisque personne n’a les mêmes règles.
Mais, c’est à dessein qu’a été organisé ce jeu qui n’a rien d’un passe-temps destiné à occuper les dix-huit adolescents de Clichy et d’Aubervilliers amenés à voyager en Palestine dans le cadre du projet « Je joue, je rencontre le monde », conduit par la FSGT 93.

« C’était une manière de leur montrer qu’en voyage, on n’a pas forcément les mêmes règles que les autres. Et le mieux pour ça, c’est encore de l’expérimenter par le jeu », sourit Clément Dupuis, l’initiateur de la partie de cartes et surtout spécialiste de la gestion de projets internationaux.

Pour cette première journée de préparation au voyage en Palestine, il a amené le groupe, l’espace de quelques mises en situation et discussions ouvertes, « à être surpris, à comprendre qu’on n’a pas forcément les mêmes codes dans toutes les régions du monde. C’est aussi une façon de les mettre vraiment dans ce qu’ils vont vivre, de les faire réfléchir. Bien sûr, on pourrait leur filer un guide de voyage tout prêt, mais ils ne vont pas au club Med… »

Côté plus pratique, on fait aussi ce jour-là la dernière check-list des indispensables à mettre dans sa valise.
Presque trois semaines plus tard, dans la même salle de Bobigny, on est toujours loin de l’ambiance club Méditerranée pour la seconde journée de préparation au voyage. Alignés dans une queue qui serpente sur quelques mètres, les dix-huit voyageurs de « Je joue, je rencontre le monde » sont en quête d’un permis pour passer un des 96 check-points permanents qui empoisonnent la vie quotidienne et la mobilité des Palestiniens.

Dans ce nouveau jeu de sensibilisation, le chargé de projet Palestine au sein de la FSGT endosse le rôle de l’officier israélien. D’origine palestinienne, il est d’habitude de l’autre côté de la barrière. Bref, il a l’expérience des questions répétées lorsque les Palestiniens veulent franchir un check-point : « Vous allez où ? Pourquoi ? Avec qui voyagez-vous ? Comment s’appellent vos enfants ? ». Et gare au faux pas pour les dix-huit adolescents qui ont endossé l’identité d’un citoyen palestinien. « Ah, vous dîtes que vos enfants sont morts dans un bombardement par l’Etat israélien, mais vous en êtes sûr ? Vous dites ça parce que vous n’aimez pas l’Etat d’Israël ? », enchaîne sans hausser le ton l’officier.

Perturbant même lorsqu’on sait que ce n’est qu’un jeu de rôles. Au point qu’Océane et Inès, les deux copines de Clichy, en oublient presque leurs identités réelles : « C’est injuste  », murmurent-elles après qu’il leur a refusé un permis de pêcher dans les eaux du port de Gaza.
Elles n’auront pas le temps de l’obtenir.

L’organisatrice du jeu de rôles « Vivre la Palestine » mis au point par la Plateforme des ONG Françaises pour la Palestine, marque la fin des 50 minutes consacrées à l’exercice. Un peu moins d’une heure pour éprouver le fait que la liberté de mouvement ne va pas de soi en Palestine.
« Souffrance, stress, pression, peur », sont les premiers mots qui viennent à l’esprit de Diarra, Djaffar ou Océane pour qualifier l’expérience qu’ils viennent de vivre.

Pourtant, une fois quitté son costume virtuel, « l’officier israélien » explique que lui, vu de son check-point, n’a pas senti les ados plus « perturbés que ça… Parce que finalement, ils ont l’habitude dans leurs quartiers de ce genre de contrôles, à un degré différent évidemment. En tout cas, ça leur donne des facilités à s’identifier à ce que vivent les Palestiniens. D’habitude, je fais ce type d’exercice avec des adultes, des syndicalistes souvent, et eux sont beaucoup plus perturbés que les jeunes. Maintenant, l’objectif n’était pas de leur faire peur, mais bien de leur montrer en amont la réalité du terrain en Palestine, qu’ils se rendent compte de toute la difficulté que représente le moindre trajet. »

Avec des déplacements presque quotidiens entre Tulkarem, Naplouse, Bethléem, Beit Jala ou Jericho, étapes au programme durant les dix jours de voyage -31 mars-9 avril- la répétition presque grandeur nature n’avait en effet rien de superflue et a marqué les esprits. Alors, quand vient le temps de la pause et que chacun retrouve son identité habituelle, les réflexions fusent vite dans le groupe avec presque le même sentiment partagé : « Etre Palestinien, c’est une sacrée mission…  »

#FSGT93




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